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S‘il vous reste une once de courage, Darmanin, démissionnez !

dimanche 29 novembre 2020 par Dominique Vidal

27 NOV. 2020 | PAR DOMINIQUE VIDAL | BLOG : DOMINIQUE VIDAL

L’épouvantable agression de trois policiers contre un producteur de musique noir, samedi dernier à Paris, éclaire la fascisation de la Macronie et braque les projecteurs sur ses chevilles ouvrières, à commencer par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et Didier Lallement, celui qu’Alain Juppé a qualifié de « préfet nazi ».

Elle démasque tout d’abord l’objectif du fameux article 24, cette monstruosité juridique dont aucun État démocratique ne s‘est doté jusqu’ici. C‘est Tartuffe version Darmanin : « Cachez ces violences policières que je ne saurais voir. » Il s’agit simplement de protéger les « forces du désordre » afin qu’elles puissent continuer à terroriser militants politiques et syndicalistes, jeunes issus de l’immigration, journalistes prenant leur travail au sérieux, etc. Afin que la politique du CAC 40 puisse s’imposer sans opposition populaire visible. Une véritable leçon de choses : sans la caméra placée dans son studio, le musicien aurait été poursuivi, comme si souvent, sur la base du procès-verbal imaginatif par les nervis.

L’agression dévoile aussi la tactique bien connue du fusible. Trois flics voyous - ils ne le sont pas tous, bien sûr - se comportent, samedi dernier, comme de vulgaires fachos tabassant un Noir parce qu’il est noir ? Gérald Darmanin, bouleversé, annonce leur révocation. Quelques jours plus tard, mardi soir, une meute de Robocops se livre à une chasse à l’homme contre des migrants installés, faute de foyer d’accueil, place de la République et matraque journalistes, élus et simples démocrates venus à la rescousse ? Gérald Darmanin, bouleversé, sermonne son préfet tout en réaffirmant sa confiance à un homme que même des responsables de droite jugent au mieux irresponsable. Mais qui l’a maintenu dans ses fonctions ?

De quel droit l’hôte désormais très provisoire de la Place Beauvau nous prend-il pour des c… ? Dans tous les États démocratiques, un ministre est par principe responsable de ses subordonnés : s’ils ont fauté, il doit sauter. S’agissant de Gérald Darmanin, la responsabilité en question ne relève pas seulement de ce principe. Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt : selon tous les sondages, une forte minorité ou une petite majorité de policiers vote pour Marine Le Pen. C’est évidemment leur droit de citoyens. Mais c’est le devoir de leur ministre de mesurer le danger que représente pour la République un corps répressif nourri de l’idéologie fascisante, antidémocratique, xénophobe et raciste de l’extrême droite dont la « dédiabolisation » est comme le fard sur un visage flétri.

La "une" de Libération, 27 novembre

L’agression de samedi rappelle enfin qu’il n’y a pas que des pages honorables dans l’histoire de la police française et notamment parisienne. Oui, elle a participé glorieusement à la Libération de la capitale, dont les rues arborent ces petites plaques parfois fleuries rendant hommage aux jeunes FTP ou policiers tombés pour chasser l’Occupant. Mais la PP, c’est aussi la rafle du Vel d’hiv les 16 jet 17 juillet 1942, le massacre des Algériens le 17 octobre 1961, la tuerie de Charonne le 8 février 1962, la répression de Mai 68, l’assassinat de Malik Oussékine le 6 décembre 1986…

Un ministre de l’Intérieur, un préfet nécessairement informés de ces réalités, se trouvent confrontés à un choix : ou bien combattre ces tendances dangereuses afin de préserver nos droits et libertés, ou bien les caresser dans le sens du poil, au risque de faire la courte échelle au fascisme. Un homme d’honneur, que l’on n’a pas suffisamment salué, a opté pour le premier terme de l’alternative : Maurice Grimaud, préfet de police de Paris en mai 68, qui a écrit une lettre rare, parce que républicaine, à ses troupes (voir ci-dessous). Gérald Darmanin a choisi le second terme : flatter ses troupes en tentant de présenter des pratiques systématiques comme des « bavures », des flics cogneurs comme des « exceptions ». Qu’il le veuille ou non, sa lâcheté savonne la planche au bas de laquelle police rimera avec milice…. Darmanin, c’est un cocktail imbuvable de Roger Frey, Raymond Marcellin, Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy...

Voilà la leçon finale et principale de la scène sidérante révélée par la caméra dont les trois présumés salopards ignoraient l’existence - et que, si l’article. 24 était adopté, ils n’auraient même plus à craindre : Gérald Darmanin doit démissionner, non seulement parce qu’un ministre le fait lorsque ses hommes se comportent de manière scandaleuse, mais aussi parce que, par sa lâcheté, il les a, qu’il le veuille ou non, poussés à se conduire ainsi, misant sur l’impunité. Je ne changerais d’avis sur ce point que si le ministre tenait enfin aux policiers de France un discours inspiré de la missive de Maurice Grimaud. Science-fiction.

Et je suis convaincu que sa démission est proche. J’en vois l’annonce dans le comportement d’Anne-Sophie Lapix au journal de France 2, hier soir. Elle qui manifeste presque toujours une complaisance souriante envers les ministres qu’elle interviewe, voilà, ô surprise, qu’elle rudoie Darmanin, le bouscule, le pousse dans ses retranchements. Entre la condamnation des « moutons noirs » et la défense inconditionnelle du corps répressif, le ministre, déstabilisé par la présentatrice du 20 heures, finit par se prendre les pieds dans le tapis. Bref, s’il lui reste une once de courage, le ministre doit démissionner sans plus tarder.

D. V.

Lettre de Maurice Grimaud aux policiers le 29 mai 1968

"Je m’adresse aujourd’hui à toute la Maison : aux gardiens comme aux gradés, aux officiers comme aux patrons, et je veux leur parler d’un sujet que nous n’avons pas le droit de passer sous silence : c’est celui des excès dans l’emploi de la force.
Si nous ne nous expliquons pas très clairement et très franchement sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille dans la rue, mais nous perdrons quelque chose de beaucoup plus précieux et à quoi vous tenez comme moi : c’est notre réputation.
Je sais, pour en avoir parlé avec beaucoup d’entre vous, que, dans votre immense majorité, vous condamnez certaines méthodes. Je sais aussi, et vous le savez avec moi, que des faits se sont produits que personne ne peut accepter.
Bien entendu, il est déplorable que, trop souvent, la presse fasse le procès de la police en citant ces faits séparés de leur contexte et ne dise pas, dans le même temps, tout ce que la même police a subi d’outrages et de coups en gardant son calme et en faisant simplement son devoir.
Je suis allé toutes les fois que je l’ai pu au chevet de nos blessés, et c’est en témoin que je pourrais dire la sauvagerie de certaines agressions qui vont du pavé lancé de plein fouet sur une troupe immobile, jusqu’au jet de produits chimiques destinés à aveugler ou à brûler gravement.
Tout cela est tristement vrai et chacun de nous en a eu connaissance.
C’est pour cela que je comprends que lorsque des hommes ainsi assaillis pendant de longs moments reçoivent l’ordre de dégager la rue, leur action soit souvent violente. Mais là où nous devons bien être tous d’accord, c’est que, passé le choc inévitable du contact avec des manifestants agressifs qu’il s’agit de repousser, les hommes d’ordre que vous êtes doivent aussitôt reprendre toute leur maîtrise.
Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu’ils sont conduits dans des locaux de police pour y être interrogés.
Je sais que ce que je dis là sera mal interprété par certains, mais je sais que j’ai raison et qu’au fond de vous-mêmes vous le reconnaissez.
Si je parle ainsi, c’est parce que je suis solidaire de vous. Je l’ai dit déjà et je le répèterai : tout ce que fait la police parisienne me concerne et je ne me séparerai pas d’elle dans les responsabilités. C’est pour cela qu’il faut que nous soyons également tous solidaires dans l’application des directives que je rappelle aujourd’hui et dont dépend, j’en suis convaincu, l’avenir de la préfecture de police.
Dites-vous bien et répétez-le autour de vous : toutes les fois qu’une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n’a pas de limites.
Dites-vous aussi que lorsque vous donnez la preuve de votre sang-froid et de votre courage, ceux qui sont en face de vous sont obligés de vous admirer même s’ils ne le disent pas.
Nous nous souviendrons, pour terminer, qu’être policier n’est pas un métier comme les autres ; quand on l’a choisi, on en a accepté les dures exigences mais aussi la grandeur.
Je sais les épreuves que connaissent beaucoup d’entre vous. Je sais votre amertume devant les réflexions désobligeantes ou les brimades qui s’adressent à vous ou à votre famille, mais la seule façon de redresser cet état d’esprit déplorable d’une partie de la population, c’est de vous montrer constamment sous votre vrai visage et de faire une guerre impitoyable à tous ceux, heureusement très peu nombreux, qui par leurs actes inconsidérés accréditeraient précisément cette image déplaisante que l’on cherche à donner de nous.
Je vous redis toute ma confiance et toute mon admiration pour vous avoir vus à l’œuvre pendant vingt-cinq journées exceptionnelles, et je sais que les hommes de cœur que vous êtes me soutiendront totalement dans ce que j’entreprends et qui n’a d’autre but que de défendre la police dans son honneur et devant la nation."
Maurice Grimaud


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